Publié : 25 février 2025 à 11h15 par Hélène Gosselin

Inna : "Poutine ne s'arrêtera jamais avant de prendre tout notre territoire"

Ce lundi 24 février marquait les trois ans de la guerre en Ukraine. Témoignage

Inna s'est réfugiée en Lozère avec ses deux enfants il y a trois ans

Crédit : Inna

Ce lundi 24 février 2025 marque les trois ans de la guerre en Ukraine. De nombreuses femmes ont fui le pays avec leurs enfants en pensant rentrer chez elles rapidement. C'est le cas d'Inna. Elle est arrivée en Lozère avec ses deux enfants et rien d'autre voilà presque trois ans. Elle raconte. 


Dans l'appartement d'Inna, le son résonne « parce qu'il n'y a presque rien », dit-elle . Elle vit en Lozère, au Monastier, avec son fils qui va fêter ses 20 ans et sa fille qui a aujourd'hui 15 ans. Quand le conflit a éclaté, Inna n'y croyait pas.



Quand on est arrivé, j'étais totalement perdu parce que je ne croyais pas que cette guerre allait commencer. Même si mon mari est militaire et il me disait : il faut que tu prépares cette valise de secours, que tu sois prête à partir. Mais je n'ai rien fait.  Finalement, le 24 février 2022, on a été réveillé par un coup de fil de mon frère. Mon mari, comme il est militaire, est tout de suite parti au boulot et moi je suis restée avec les enfants à la maison sans comprendre. Qu'est-ce qu'on va faire ? Et on est de la capitale, on est à Kiev, donc ils ont vraiment commencé à bombarder du côté de mon quartier. Nous sommes partis chez ma mère, à 60 km de la ville et je n'ai rien pris parce que j'avais toujours l'impression qu'on partait pour trois jours. Je n’ai rien pris. Rien du tout.  



Elle passe une dizaine de jours chez sa mère, à la campagne avec d'autres membres de sa famille



Il y avait des alertes, y avait des convois militaires qui passaient, ça fait faisait tellement peur. J'avais les genoux qui tremblaient pendant 2 h, tu n'arrivais pas à te calmer. Et en plus, c'était l'hiver. La nuit tombe très vite et on avait l'interdiction d'allumer la lumière. Au magasin, des rayons vides en un jour.  Et heureusement que dans la maison de ma mère, il y avait la cave avec des légumes, des conserves, donc on avait quelque chose à manger. Et les prix qui flambaient. Donc c'était la folie. Et puis, quand les Russes étaient à 10 km de chez ma mère. On a décidé de partir. On avait entendu toutes les horreurs qu'ils avaient fait à côté de Kiev. Toute la violence avec les gens locaux, donc ça faisait vraiment peur, surtout pour les enfants et les femmes. Et on a décidé de partir s'approcher vers la frontière sans savoir où on allait.  On a passé la frontière de la Slovaquie à pied, sans les hommes qui ne pouvaient pas sortir d'Ukraine.



Tout ce temps elle a gardé contact avec une amie en France. C'est elle qui sollicite la Présidente du Département de la Lozère qui affrète un bus pour aller chercher les familles.



J'ai vécu chez cette amie pendant deux mois. Ce sont des gens très généreux et bons. D'abord je ne comprenais rien. Je suis restée pendant deux mois comme un robot. Je ne voyais rien autour de moi parce que dès que tu ouvres les yeux, tu es sur les réseaux sociaux, tu lis des nouvelles, tu regardes les photos de famille et tu pleures. Et heureusement que j'étais un peu prise par le Département parce que j'étais la seule personne qui parlait français. Il fallait faire des papiers pour tout le monde, la traduction, ça m'occupait un petit peu. La générosité des gens, ça nous a vraiment touchés. Il y avait des sacs et des sacs, des vêtements que les gens ont apportés. Puis ils se sont renseignés et ils ont appris que les Ukrainiens aiment bien les pommes de terre, alors ils ont apporté plein de kilos de pommes de terre. C'était très dur d'être séparée de mon mari, de devoir prendre toutes les décisions pour les enfants. Je me suis sentie très isolée.



Aujourd'hui, Inna est impliquée dans la vie du village, elle s'est fait quelques amis. Sa fille va passer le brevet. Son fils cherche du travail. S'il retourne en Ukraine, il devra aller se battre.



Chaque matin, je sui en contact avec mes proches pour dire "On est en vie, tout va bien". C'est obligé chaque matin. Au début, j'avais très envie de retourner en Ukraine... Maintenant je ne sais pas, je me rends bien compte que je pourrais faire mieux pour mes enfants s'ils restent ici. 



Quant à un espoir de cessez-le-feu, Inna le balaie de la main. 



Les Ukrainiens ne croient plus à une pause parce qu'on a déjà eu ça en 2014 avec la Crimée. On croit plutôt que même si on a une pause, ce sera temporaire, parce que Poutine va renforcer son armée, il sera encore plus équipé et un jour ou l'autre, il va recommencer. Et il s'arrêtera jamais avant de prendre tout notre territoire. 



 


 

Titre :Témoignage d'Inna

Crédit :Témoignage d'Inna

Témoignage d'Inna